Jeudi 20 septembre 2018

La sécheresse n’a pas d’effets seulement sur les cours d’eau ou les cultures. En Vendée, on recense 600 sinistrés dont les maisons se fissurent à vue d’œil. 64 communes ont fait une déclaration de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. En vain jusqu’à présent. Les propriétaires touchés, eux, sont à bout. Rencontre avec un couple sinistré à Talmont-Saint- Hilaire.

« Nous, notre maison tient encore debout mais, dans quelques années, ça va donner quoi ? », se questionnent Henri et Anne-Françoise de Larocque, propriétaires d’une maison construite en 2000 par « une entreprise qui a bonne réputation » à Talmont-Saint-Hilaire. Une maison dont les murs se fissurent depuis l’été 2016. La faute à la sécheresse. « Nous avons commencé à avoir quelques fissures mais nous ne nous sommes pas inquiétés au début. On se dit que c’est normal qu’une maison travaille », raconte Henri de Larocque. Mais, rapidement ces quelques fissures se multiplient. Surtout, elles sont de plus en plus impressionnantes. Désormais, elles traversent toute la maison, de chaque côté du mur porteur. « Les ouvertures se descellent, le placard de l’entrée est éclaté, notre douche fissurée, la dalle du garage est complètement fendue... On entend la maison travailler lors des grosses variations de température. On sait détecter les périodes où elle travaille par les bouts de plâtre qui tombent des murs. » Parmi les pièces les plus touchées de leur habitation, la chambre de l’une de leurs filles. « Je n’ai qu’une trouille, c’est que ça lui tombe sur la tête », confie Anne-Françoise de Larocque.

Les constructions hors de cause

Et ils ne sont pas les seuls. Selon l’ASSPB 85 (Association des sinistrés de la sécheresse des propriétés bâties) qui compte environ 200 adhérents, plus de 600 sinistrés se sont fait connaître et 64 communes de Vendée ont fait une déclaration en vue d’une reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. Plusieurs zones dont plus particulièrement touchées : le littoral de Bouin jusqu’au marais poitevin et deux sites dans le bocage, autour de Chantonnay et de Montaigu. « Cela concerne toutes sortes de maisons, de 20 à 200 ans d’ancienneté, insiste Paul Moyon, co-président de l’association. Les constructions ne sont donc pas à remettre en cause ». La Maison des communes de la Vendée a pris le problème à bras-le-corps et dépêché un avocat. Car l’État refuse l’état de catastrophe naturelle à toutes ces communes et aux propriétaires touchés qui ne peuvent donc qu’assister impuissants au délabrement de leurs maisons.

Annick Billon, sénatrice de la Vendée, a pris connaissance du problème en mars dernier. « Il y a des situations personnelles dramatiques. Certains propriétaires ne peuvent plus vivre dans leurs maisons, d’autres refusent de recevoir leurs enfants et petits-enfants de peur que le plafond ne s’effondre. Dans de nombreuses maisons il n’est plus question de fissures mais de trous. » Des maisons qui, de fait, ne sont pas vendables ni louables. Quant à engager des travaux sans le soutien des assurances, c’est inenvisageable. « Les frais de consolidation coûtent plus cher que le prix de nos maisons », affirment Paul Moyon et le couple de Larocque.

« une réglementation stupide »

L’année dernière, le comité interministériel qui décide des reconnaissances de catastrophes naturelles a rejeté ce dossier de la sécheresse en Vendée. Un recours a été engagé mais n’aura pas d’issue avant 2019. Alors, la sénatrice a interpellé par courrier les ministres de l’Intérieur, de l’Économie et de la Transition Écologique. « Les critères de ce comité (taux d’argile dans le sol et pluviométrie) sont des critères qui ne prennent pas en compte la réalité du terrain, déplore Annick Billon. Nous sommes face à une administration qui applique une réglementation stupide face à un phénomène grave. » Paul Moyen ajoute : « Des fissures, ça ne paraît pas un drame comme une inondation qui est plus spectaculaire, et là, les ministres se déplacent. La sécheresse, c’est vicieux et on n’en voit pas la fin ».

Tous comptent sur la réunion du comité ministériel qui s’est tenue la semaine dernière*. « Nous en aurons des nouvelles dans quelques jours mais si l’état de catastrophe naturelle n’a pas été retenu pour l’année 2016, il y a peu de chance qu’il le soit pour l’année 2017 ». Annick Billon promet déjà que « si cette reconnaissance est une nouvelle fois refusée je prendrai rendez-vous auprès du ministre concerné ».

 

Marion Travers

 

* La commission interministérielle des catastrophes naturelles a rendu, les 11 et 13 septembre, un avis favorable à la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle pour 73 communes de Vendée en lien avec les sécheresses de l’été 2017. Cela n’est qu’un avis. La décision finale revenant au ministre.

 

Journal des Sables

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