À Cholet, une douzaine de rues portent le nom d’une femme. Cela vous surprend-il ?

C’est un peu moins qu’au niveau national. En 2017, il y avait 6 % concernées. Une douzaine, ça me paraît vraiment très peu. Mais c’est le poids de l’histoire où, pourtant, les femmes ont eu un rôle, mais pas de poids politique vraiment très fort. Avoir autant de noms d’hommes, alors qu’on a eu des résistantes célèbres, des chercheuses… 

À quel point la dénomination des rues est-elle symbolique ?

C’est à la fois symbolique et ça peut paraître anecdotique. Mais, à travers les noms de rues, il est aussi question de la place des femmes dans l’espace public. Il est important de souligner que les femmes ont le droit à autant de place que des hommes. Toute leur place. C’est une question d’égalité hommes-femmes : dans le travail, la politique… Je ne suis pas une adepte forcenée de la parité, mais il faut avouer que la contrainte (dans les conseils municipaux de commune de plus de 1 000 habitants, N.D.L.R.) a permis, dans certains cas, de faire avancer la place des femmes.

« Moi aussi j’ai été élue dans une commune : on ne s’est jamais posé la question »

C’est ça qui vous a poussé à lancer votre initiative, « La ville aux dames », il y a trois ans ?

Ça a correspondu avec l’affirmation du président Emmanuel Macron : l’égalité hommes-femmes, c’est la priorité du quinquennat. Elle existera à partir du moment où les femmes pourront circuler dans l’espace public en ayant leur place. Dans certains quartiers, elles n’y ont pas accès comme elles devraient. Cette affirmation, ce sont aussi de petites avancées, comme « La ville aux dames.

L’idée est d’inviter les communes à faire mieux, ou de pousser le curseur plus loin ?

C’est la compétence des communes, il faut donc qu’elles se prennent en charge. Chaque initiative ne pourra être que locale. Mais, on l’a vu, certaines ont pris le problème à bras-le-corps : Strasbourg, Nantes, Paris… Prenons le cas de Paris, qui est passé à environ 2 % des rues en 2015 à près de 12 % en 2019. Un collectif, « Nous Toutes », a œuvré pour féminiser les noms de rues. À Strasbourg, c’était le collectif « Copines » qui s’est mobilisé pour sensibiliser les élus. Moi aussi j’ai été élue dans une commune : on ne s’est jamais posé la question, on n’avait pas ce regard-là.

« Chaque crise peut remettre en cause la place des femmes, on l’a vu avec le confinement »

Près de trois ans plus tard, peut-on noter une prise en considération ?

L’avantage d’avoir eu la vague Me Too ou la grande cause du quinquennat, c’est que ça a sensibilisé la population à ces questions. D’ailleurs, pendant le confinement, si nous avons réussi à limiter les violences faites aux femmes, c’est parce que la population a été sensibilisée. Comme les femmes sont de plus en plus présentes en politique et à la tête des grandes villes, le regard peut être différent aussi dans l’attribution des noms de rues.

Quel avenir pour « La ville aux dames » ?

Je suis favorable à la théorie du ruissellement. De plus en plus de femmes ont des rôles importants, et moins la question de la place de la femme dans l’espace public va se poser. Ces femmes auront aussi à cœur de défendre l’égalité hommes-femmes, que ce soit dans les noms de rue, au travail, dans les collectivités… On a progressé, il y a beaucoup de choses à faire, mais la sensibilisation est là. Il faut veiller à ce qu’elle se poursuive. Chaque crise peut remettre en cause la place des femmes, on l’a vu avec le confinement. Ça a été un recul pour certaines, qui ont eu à supporter la charge du téléenseignement, du télétravail, du foyer…

Selon vous, quelles sont les femmes qui donneront leurs noms aux rues, demain ?

Il y a de plus en plus de places et de rues Simone-Veil. Et puis, il y a des femmes chercheuses, des femmes qui iront sur la lune, des capitaines d’entreprises, à la tête de ministères importants, engagés dans les associations ou les communes, les résistantes – et il y en a eu beaucoup… Toutes ces femmes qui ont et vont faire l’histoire.

Propos recueillis par Alexandre Blaise

Bio express

Sénatrice de la Vendée depuis 2014, de nouveau candidate en septembre prochain, Annick Billon a 53 ans. Au Palais du Luxembourg, la présidente de l’UDI Vendée est présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Elle a également été conseillère municipale pendant près de 20 ans, de 2001 à 2020, d’abord aux Château-d’Olonne, puis, à partir de 2019, dans la commune nouvelle des Sables-d’Olonne.

Courrier de l'Ouest

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