Aux urnes, citoyens

Le philosophe Michel Serres est mort le samedi 1erjuin, à l’âge de 88 ans.

Dans l’émission « La Grande Librairie » du 27 février 2019, il déclarait : « Je suis né en 1930 dans le Sud-Ouest. La première chose que j'ai connue, ce sont les réfugiés de la guerre d'Espagne (...) qui nous racontaient les horreurs qui se passaient. Ensuite, ça a été la grande débâcle de 1939 (...) J'ai connu là aussi les gens qui étaient dans le désespoir et le dénuement absolus. Puis ensuite, il y a le développement de la guerre avec toutes les horreurs que vous imaginez. Puis ensuite, les guerres coloniales. Entre ma naissance et mes trente ans, ça a été la guerre, la guerre, la guerre. Par conséquent, j'ai une admiration éperdue pour la paix que nous a procurée l'Europe. Au fond de mes rides, il y a ce malheur-là. Il ne me quittera jamais. Et dire qu'il y a des gens qui sont pour le départ de l'Europe... Mais ils sont fous ou quoi ?! Chaque fois que je me regarde dans la glace le matin et que je me rase, je me dis : 'Michel, nous sommes en paix ! ».

Ces paroles résonnent d’autant plus au lendemain des élections européennes. Un suffrage pour lequel la première satisfaction était toute relative : la baisse de l’abstention. La réalité est tout de même qu’un électeur sur deux ne s’est pas senti concerné par son avenir sur notre continent (Taux de participation : 50,1 % en France, 50,5 % en Europe). La réalité est que les extrêmes et les mouvements anti-Europe sont toujours plus présents. Après les élections européennes de 2014, le parti de Marine Le Pen arrive encore en tête en France. La réalité est que, pour citer à nouveau Michel Serres : « La guerre c’est la mémoire et la paix c’est l’oubli ».

De macro à micro, de l’Europe à la commune

Au final, l’engouement est tel pour les élections européennes, et je le déplore, que la page s’est vite tournée vers la prochaine échéance, locale, les municipales de 2020.

« Plus qu’un an !». Au fil de mes visites dans les communes, c’est une phrase que j’entends souvent prononcée par les maires. Selon que le verre est à moitié vide ou à moitié plein, cette réflexion peut laisser entendre la lassitude des uns usés par un mandat différent ou l’empressement des autres à réaliser les promesses de campagne avant le prochain suffrage. À un an des municipales, c’est tout de même le trop-plein qui domine dans les esprits, le ras-le-bol d’une fonction qui perd de sa consistance. Bien sûr, le maire demeure dans l’esprit des citoyens comme l’élu de proximité, le premier magistrat de la commune. La fonction est préservée dans sa notoriété, les électeurs répondent présents les jours de scrutin, mais la popularité n’est jamais une fin pour administrer une cité.

Le Sénat, représentant des collectivités, a proposé, par la voix de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation, le rapport « faciliter l’exercice des mandats locaux ». Cette étude rappelle l’impérieuse nécessité de répondre à l’attente forte d’un véritable statut de l’élu, d’un texte qui prévoit les conditions d’un mandat qui vient « contrarier » une vie professionnelle, qui tienne compte des frais engagés pour servir bénévolement la collectivité… Le gouvernement a montré un réel intérêt pour ce travail. À un an des élections, il y a urgence à légiférer pour remotiver des élus soumis à la perte de compétences, isolés dans des communautés de communes étendues à des échelles qui manquent souvent de cohérence, de pertinence. Les élus n’ont pas fait leur la loi NOTRe.

Et si un véritable statut de l’élu pouvait également faciliter l’implication des jeunes dans la vie politique. Leur participation aux élections européennes a été plus forte qu’à l’accoutumée, les jeunes ont préféré aux nationalismes les problématiques de l’environnement. Nous nous devons d’entendre ce message pour leur donner envie de participer à la politique, à l’organisation de la Cité, et les inciter à s’impliquer dans leur quotidien de citoyen. Comme la parité hommes/femmes, l’équilibre des générations est souhaitable pour la bonne gouvernance d’une commune. Petite Poucette et Petit Poucet ont tellement de choses à nous apprendre.

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