Trente

Dimanche 3 mars, une femme a été tuée par son mari à l’Ile-Rousse. C’est la 30èmefemme qui succombe à la violence de son conjoint, ou ex-conjoint, depuis le 1erjanvier 2019. Derrière cette statistique brutale se cachent Monica, Pascale, Taïna, Séverine, Nadine, Guo, Béatrice, Isabelle, Gulçin, Sylvie, Caroline, Céline, Josette, Gaëlle, Nicole, Hilal, Maureen, Julie. Derrière cette statistique effrayante se situent la Moselle, la Loire-Atlantique, l’Orne, la Polynésie, l’Hérault, la Guyane, la Savoie, l’Aube, la Nouvelle-Calédonie. Elles avaient 35 ans, 29 ans, 85 ans, 46 ans, 89 ans, 22 ans, 66 ans, 38 ans. Elles vivaient dans un pays qui a considéré les violences faites aux femmes comme une grande cause nationale du quinquennat du président Emmanuel Macron. En ce 8 mars, journée internationale des femmes, je voudrais rappeler l’urgence de cesser le massacre, la nécessité de doter les institutions et les associations de moyens suffisants, le besoin de mettre en application notre arsenal législatif pour que ces drames familiaux ne soient plus réalité, que ces violences conjugales ne soient plus l’actualité d’un jour sur deux.

La loi du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes est une avancée que je reconnais. L’allongement du délai de prescription était attendu et répond plus justement à la problématique de l’amnésie post-traumatique. Avec la délégation aux droits des femmes que je préside, nous avons milité pour l’établissement du seuil de 13 ans en-deçà duquel un enfant victime d’abus n’avait pas à prouver les éléments du viol. Cette requête n’a pas été entendue, ce qui lui a été opposé a quelquefois dépassé l’entendement. Le délit du harcèlement de rue a été institué. Enfin, la récente affaire de la Ligue du LOL fera, je le souhaite, les frais du renforcement de la lutte contre le cyber-harcèlement. Ces éléments représentent des avancées pour la lutte contre les violences faites aux femmes et je m’en félicite. Cette loi n’aborde cependant pas le problème plus spécifique des violences conjugales.

Depuis 1994, la loi reconnaît une spécificité pour les violences commises au sein du couple. Celle-ci a connu de nombreuses évolutions, notamment en 2010 avec l’ordonnance de protection des victimes qui permet de prévenir les violences en s’appuyant sur de nouveaux moyens technologiques. La loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes complète le dispositif et l’étend aux faits de violences commis sur les enfants au sein de la famille. Cependant, encore aujourd’hui, les démarches des victimes s’apparentent trop souvent à un parcours du combattant. Il n’est pas simple de libérer la parole d’une femme isolée.

La France et ses valeurs républicaines ne peuvent se satisfaire d’incantations. Il est urgent de  protéger les victimes et de punir les agresseurs. Il en va de la responsabilité des pouvoirs publics.

Une trente et unième femme va apparaître dans les journaux. Quel est son nom ? Où vit-elle ? Quel âge a-t-elle ? Dois-je en parler au passé et avoir déjà une pensée pour la trente-deuxième ? 

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