Le sociologue Pierre Bourdieu disait « Consommer est un acte social ». Que voulons- nous dans nos assiettes, dans les étals, dans les rayons des supermarchés, dans les petits magasins de centre-ville ? Notre comportement de consommateurs est-elle une conséquence ou une cause ? 

Il est injuste de stigmatiser l’agriculteur qui répand des pesticides et autres produits phytosanitaires dans un champ dans la mesure où cette pratique a pu se généraliser à notre demande de produits en quantité suffisante, stéréotypés et à des coûts bas. Le développement de l’agriculture biologique est un signe positif mais celui-ci ne doit pas jeter l’opprobre sur l’agriculteur conventionnel. Or, qui dit conventionnel dit normal, la chimie s’est donc imposée au fil des décennies d’après-guerre dans la production agricole comme un apport « naturel »... pour pouvoir répondre à la demande du consommateur. Cependant, le législateur ne permet pas tout et les études ont amené les autorités et les parlementaires à statuer sur le retrait de produits jugés dangereux pour la santé. Des progrès restent à faire mais nous avons la chance de bénéficier d’une des agricultures les plus performantes et réglementées au monde. 

Ce n’est pas forcément le cas des pays qui veulent pénétrer le marché européen au travers des accords dits du CETA et du MercoSur. Si des volets peuvent s’avèrer profitables pour l’industrie française et européenne, les accords en question représentent de redoutables reculs en matière de sécurité alimentaire. Des produits interdits en France pourraient arriver ou revenir sur notre territoire par le biais de ces accords. Hormones de croissance, O.G.M., que voulons-nous dans nos assiettes ? Que voulons-nous dans nos campagnes si le prix est l’argument ultime ? 

Les intrants phytosanitaires représentent un coût important pour l’exploitant agricole français et il est faux de penser aujourd’hui que les traitements s’opèrent grossièrement. La technologie permet la modération, la juste dose au bon endroit. D’autres cultures, comme le chanvre, permettent même de se passer d’intrants. Il y a dix ans, la coopérative agricole vendéenne Cavac a relancé la culture de cette plante aux multiples arguments alimentaires, industriels et écologiques. Notre département fait ainsi office de précurseur dans cette production aux potentiels importants. Avec les caméras de Public Sénat, j’ai pu rendre compte de cette activité et de la conscience environnementale des agriculteurs de la Vendée. 

La culture du lin vient en complément du chanvre pour la fabrication d’isolants. La France, en particulier la Haute-Normandie, est un des plus gros producteurs mondiaux de cette plante aux fleurs bleues très prisée, pour sa fibre, dans la confection. Il n’existe plus d’atelier en France et la plante file jusqu’en Chine pour revenir en vêtement sur le marché français. La dure loi du coût et du prix amène des logiques absurdes. 

Cette même logique a précipité la fermeture de l’usine Michelin de la Roche-sur-Yon. Leur défaut ? Vouloir fabriquer des pneus pour poids-lourds de meilleure qualité. Leur prix plus élevé a sonné le glas d’un fleuron industriel et historique de la préfecture vendéenne. Comme d’autres produits manufacturés, l’importation chinoise de pneus est de plus en plus conséquente, contraignant la société Michelin à faire le choix, contre toute attente, de claquer la porte à 619 salariés. Déjà, des pneus chinois équipent les poids-lourds qui livrent des produits biologiques importés. Où est la pertinence ? 

L’agri-bashing est une tendance partagée du moment. J’ai confiance en l’agriculture française et c’est un tort de penser qu’elle est irresponsable, excessive. Comme la consommation est un acte social, l’agriculture est une réaction. Permettons-lui d’évoluer en réponse à nos attentes. 

Crédit photo : A.Lamoureux

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