Une rentrée normale ?

La rentrée est généralement une période propice aux bonnes résolutions, aux changements. En sortant de l’été, les batteries rechargées, nous nous projetons vers un avenir meilleur, tant sur le plan professionnel que personnel. Rapidement, les agendas se remplissent des activités qui vont rythmer les dix mois à venir. On efface tout et on recommence…

Quand je reprends l’édito de ma newsletter publiée en septembre 2016, il y a 5 ans, rien ne s’efface.

Il est question d’un été caniculaire. Ce fut encore le cas dans de nombreux pays qui ont connu de dramatiques incendies. Des phénomènes météorologiques intenses et désastreux se sont succédé tout au long de l’été. Ils nous invitent à réfléchir sur les conséquences du réchauffement climatique, sur les épisodes extrêmes qu’il engendre. Le récent rapport du GIEC dresse des perspectives toujours plus alarmantes. Les conséquences humaines sont redoutables mais la caravane climatisée passe…

Il est question de terrorisme, de situation internationale instable. En ce mois d’août, la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan fait surgir de nouvelles menaces sur l’Occident. Ce pays s’enfonce une fois encore dans l’obscurantisme d’un islam extrémiste qui jette l’opprobre sur le monde musulman.

Il est question de primaires pour la présidentielle à venir, de luttes internes. Or, il est souvent illusoire de former une équipe avec ses adversaires ! Le manque d’unité politique pourrait nous conduire vers une énième impasse, vers un choix qui n’en est pas un et dont le seul dessein serait de soutenir la démocratie, quand bien même notre système politique souffre d’un mal récurrent : l’abstentionnite.

Il est question de violence des mots, les mêmes que scandent les réfractaires aux vaccins et au passe sanitaire qui, au nom du choix et de la liberté de se faire vacciner, en viennent à menacer des parlementaires ou saccager des permanences. Puisse la vaccination solidaire des uns immuniser contre l’individualisme inoculé des autres et permettre le retour rapide à une vie normale. N’en déplaise aux sceptiques et aux complotistes, la détérioration de la situation sanitaire dans les territoires ultra-marins est un regrettable plébiscite en faveur de la vaccination.

Préparer l’après

Il y a 5 ans, les aspirations à la sortie de crise étaient principalement économiques. Il n’était pas question d’urgence sanitaire à l’échelle planétaire, de troisième ou quatrième vague. Ce défi inédit s’impose à nous sans pour autant occulter les résurgences des rentrées traditionnelles, les préoccupations d’une vie normale.

École, travail, santé, vie associative. Si nous avons dû et su nous adapter à des contraintes nouvelles, nous ne connaissons pas encore l’impact sociétal de la crise sanitaire.

Les écoles françaises figurent parmi celles qui sont demeurées les plus ouvertes. C’est une chance pour nos enfants, c’était un impératif pour notre économie. Cependant, les étudiants ont longtemps été les laissés-pour-compte de cette crise. Privés de cours, privés de petits boulots pour financer leurs études, privés de sorties, ceux qui préparent notre société de demain n’ont jamais été prioritaires. La jeunesse est la victime collatérale d’une « guerre » dont elle a été écartée.

Le « quoi qu’il en coûte » était nécessaire et son interruption, annoncée récemment par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, devient une urgence à l’heure d’une croissance qui se rétablit. Cependant, cette reprise économique se trouve confrontée à des difficultés de recrutement. Faute de main d’œuvre, de nombreuses entreprises de la restauration, du BTP… ne peuvent retrouver une activité normale. Les incertitudes engendrées par la crise sanitaire, les inquiétudes relatives au réchauffement climatique et la parenthèse du confinement bouleversent notre rapport au travail. Les salariés aspirent à plus de temps libre, à moins de contraintes, à mieux concilier sphères privée et professionnelle. Le télétravail constitue notamment un exemple concret de cette évolution qui, de surcroît, peut bénéficier tant au salarié qu’à l’entreprise. Il faut remettre la France au travail car la relance pourrait également passer par une relocalisation industrielle. Notre dépendance aux importations, principalement asiatiques, a montré ses limites durant la crise sanitaire, nous ne devons pas l’oublier. Formation, recherche, innovation et relocalisation constituent des réponses stratégique, économique et écologique à une nouvelle crise, sinon à la simple volonté de préserver notre souveraineté. 

Les services de santé ont fourni un travail remarquable durant cette crise sanitaire inédite qui a amplifié les défaillances de notre système. Le Ségur de la santé a été imaginé pour corriger des lacunes mais celles-ci sont bien antérieures à la crise de la Covid. Les personnels soignants réclamaient depuis de nombreuses années des moyens supplémentaires pour retrouver un hôpital public performant. Le prochain projet de loi de finances de la sécurité sociale doit permettre un ajustement attendu.

Je n’oublie pas l’implication des femmes et des hommes qui ont su apporter des réponses à d’autres urgences, trouver des solutions à des situations inédites sinon inextricables. Les collectivités locales, mairies et communautés de communes, ont su demeurer un soutien à la population et aux institutions, un relais pour créer des centres de dépistage et de vaccination… Ils sont une définition du service public, un dévouement sans faille face à un défi de taille.

Que dire du monde associatif ? Les annulations d’activité et d’événements ont entraîné la démobilisation des bénévoles et la perte d’adhérents. Les associations constituent la vitalité de nos territoires et il convient de les accompagner pour les aider à retrouver un fonctionnement normal.

Normal. Ce terme revient sans cesse dans nos propos. Le retour à la vie d’avant, à l’existence normale, hante notre quotidien masqué. Il est encore trop tôt pour l’envisager mais j’ose espérer que cette rentrée constitue la promesse d’un monde d’après, de citoyens plus vigilants, plus concernés, plus impliqués et solidaires. D’une vie normale, en mieux.

Bonne rentrée à tous.

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